Salaire ou dividendes en 2026 : comment se rémunérer quand on est dirigeant ?
Dernière mise à jour : il y a 1 jour

FISCALITÉ · DIRIGEANTS · NOVEMBRE 2026 · 8 MIN DE LECTURE
Salaire, dividendes ou un peu des deux ? Avec la flat tax passée à 31,4 % en 2026, l'arbitrage a bougé. Mais le bon choix ne se résume pas à « ce qui coûte le moins » : retraite, couverture en cas d'arrêt de travail, capacité d'emprunt et projets patrimoniaux pèsent autant que le taux d'imposition. Voici comment raisonner, chiffres à l'appui. |
✍️ Marion Martinez, CGP indépendante · 📍 Toulouse · Blagnac · 🗓️ Novembre 2026
Ce qui a changé en 2026
Depuis le 1er janvier 2026, la CSG sur les revenus du capital est passée de 9,2 % à 10,6 %. Les dividendes sont donc désormais soumis à un prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), contre 30 % auparavant.
Côté société, l'impôt sur les sociétés reste fixé à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (pour les PME qui remplissent les conditions du taux réduit), puis 25 % au-delà. Et à ce stade, le projet de budget 2027 ne modifie ni la flat tax ni le régime social des dividendes.
31,4 % Flat tax sur les dividendes depuis 2026, contre 30 % auparavant |
≈ 1,80 € Coût pour la société d'1 € net versé au président de SAS (assimilé salarié) |
≈ 1,45 € Coût pour la société d'1 € net versé au gérant majoritaire de SARL (travailleur non salarié) |
15 % Taux réduit d'impôt sur les sociétés jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà |
Le principe : deux circuits, deux logiques
Un salaire est une charge pour la société : il réduit son bénéfice, donc son impôt sur les sociétés. En contrepartie, il supporte des cotisations sociales élevées, qui ouvrent des droits (retraite, indemnités en cas d'arrêt de travail, prévoyance), puis l'impôt sur le revenu.
Un dividende est prélevé sur le bénéfice, après impôt sur les sociétés. En SAS, il ne supporte pas de cotisations sociales, mais il ne crée aucun droit : pas un trimestre de retraite, pas d'indemnités journalières.
ℹ️ SAS ou SARL : la règle qui change tout En SAS ou SASU, le président est assimilé salarié : ses dividendes ne supportent que la flat tax. En SARL ou EURL, le gérant majoritaire est travailleur non salarié : la part de ses dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes laissées en compte courant d'associé est soumise aux cotisations sociales des indépendants. Avec un capital de quelques milliers d'euros, les dividendes perdent donc l'essentiel de leur intérêt. |
4 scénarios chiffrés pour 100 000 € de bénéfice
Hypothèses : société dont le bénéfice avant rémunération du dirigeant atteint 100 000 €, dirigeant célibataire sans autre revenu, barème 2026 de l'impôt sur le revenu, flat tax à 31,4 %, taux moyens de cotisations sociales. Montants arrondis.
1. Président de SAS · 100 % salaire Coût pour la société : 100 000 € Salaire net : ≈ 55 600 € Impôt sur le revenu : ≈ 8 700 € Reste au dirigeant : ≈ 46 900 € Retraite et prévoyance : droits maximaux Le plus coûteux, mais le plus protecteur. |
2. Président de SAS · 100 % dividendes Impôt sur les sociétés : 20 750 € Dividendes versés : 79 250 € Flat tax à 31,4 % : ≈ 24 900 € Reste au dirigeant : ≈ 54 400 € Retraite et prévoyance : aucun droit Séduisant à court terme, risqué sur la durée. |
3. Président de SAS · salaire + dividendes Salaire (coût 40 000 €) : ≈ 22 200 € net, ≈ 1 000 € d'impôt Impôt sur les sociétés sur le solde : 10 750 € Dividendes nets de flat tax : ≈ 33 800 € Reste au dirigeant : ≈ 55 000 € Retraite et prévoyance : droits réduits mais réels Souvent le meilleur équilibre en SAS. |
4. Gérant majoritaire de SARL · 100 % rémunération Coût pour la société : 100 000 € Rémunération nette : ≈ 69 000 € Impôt sur le revenu : ≈ 12 400 € Reste au dirigeant : ≈ 56 600 € Retraite et prévoyance : base correcte, complémentaire plus faible qu'en SAS Cotisations plus légères, protection à compléter. |
⚠️ Ces calculs sont des ordres de grandeur. Le taux réel de cotisations dépend du niveau de rémunération, des contrats de prévoyance et de retraite en place, de la situation familiale et des autres revenus du foyer. Ils ne remplacent pas une simulation précise avec votre expert-comptable. |
Trois enseignements. D'abord, l'écart entre les scénarios est plus faible qu'on ne l'imagine : quelques milliers d'euros par an pour 100 000 € de bénéfice. Ensuite, le « tout dividendes » paraît rentable, mais il revient à renoncer à toute retraite et à toute couverture en cas d'arrêt de travail. Enfin, en SARL, la rémunération reste souvent le circuit le plus efficace, car les cotisations des indépendants sont plus légères que celles d'un assimilé salarié, au prix de droits à la retraite complémentaire plus faibles.
Au-delà du taux : ce que le calcul ne montre pas
RETRAITE 🧓 Les dividendes ne cotisent pas pour votre retraite Un salaire brut d'environ 7 200 € dans l'année (600 heures au Smic) suffit à valider 4 trimestres de retraite de base. Mais une carrière payée essentiellement en dividendes se traduit par une pension très faible. • Un salaire, même modeste, valide vos trimestres • Le PER complète : versements déductibles dans la limite de 10 % des revenus professionnels • Les dividendes n'entrent pas dans le calcul du plafond de déduction du PER |
PROTECTION 🛡️ En cas d'arrêt de travail ou d'invalidité Les indemnités journalières et la plupart des garanties de prévoyance sont calculées sur la rémunération. Un dirigeant payé uniquement en dividendes n'est quasiment pas couvert s'il tombe malade, alors que l'entreprise dépend souvent de lui. • Vérifier vos garanties au regard de votre rémunération réelle • Un contrat de prévoyance adapté peut compléter la couverture |
PROJETS 🏠 Votre capacité d'emprunt Pour un crédit immobilier, les banques regardent d'abord les revenus réguliers. Les dividendes sont généralement retenus sur la moyenne de deux ou trois exercices, et parfois seulement en partie. • Une rémunération stable facilite un dossier de financement • Un passage récent au « tout dividendes » peut fragiliser votre demande de prêt |
PATRIMOINE 🏢 Laisser l'argent dans la société… ou dans une holding Vous n'êtes pas obligé de tout sortir. Les bénéfices mis en réserve ne supportent que l'impôt sur les sociétés. Avec une holding qui détient au moins 5 % de la société d'exploitation, les dividendes remontent quasiment en franchise d'impôt (seule une quote-part de frais et charges de 5 % est taxée) et peuvent être réinvestis : immobilier, placements, nouvelles participations. • Permet de capitaliser sans subir la flat tax à chaque distribution • Une holding a un coût de fonctionnement et doit répondre à une vraie logique patrimoniale |
Que privilégier selon votre situation ?
Votre situation | Piste à étudier |
Vous démarrez, la trésorerie est fragile | Une rémunération minimale pour valider vos trimestres, le reste en réserve dans la société |
Vous avez besoin de revenus réguliers ou d'emprunter | Priorité au salaire, complété par des dividendes ponctuels |
Vos revenus sont élevés (tranche à 41 % ou 45 %) | Un mix salaire et dividendes, le PER pour réduire l'impôt, la réflexion sur une holding |
Vous préparez une cession ou votre retraite | Une rémunération stable les dernières années, des réserves à organiser avant la vente |
Fin d'année : 5 points à vérifier
• Dispense d'acompte : si votre revenu fiscal de référence 2025 est inférieur à 50 000 € (personne seule) ou 75 000 € (couple), vous pouvez être dispensé de l'acompte de 12,8 % prélevé sur les dividendes versés en 2027, à condition de remettre l'attestation à la société avant le 30 novembre 2026.
• Rémunération 2027 : fixez-la dès maintenant, par une décision formalisée, pour piloter la trésorerie de la société et votre prélèvement à la source.
• Versements PER : ils sont déductibles de vos revenus 2026 s'ils sont effectués avant le 31 décembre.
• Option pour le barème : avec l'abattement de 40 %, le barème peut être plus favorable que la flat tax si votre taux marginal est de 0 % ou 11 %, mais l'option vaut pour tous les revenus de placement du foyer de l'année.
• Hauts revenus : au-delà de 250 000 € de revenu fiscal de référence (500 000 € pour un couple), la contribution différentielle impose un taux minimum de 20 %. Un gros dividende ponctuel peut vous y faire entrer : étaler les distributions peut éviter ce seuil.
Mon conseil de gestionnaire de patrimoine : ne choisissez pas votre rémunération sur un seul taux. Le bon arbitrage se construit avec votre expert-comptable pour la partie sociale et fiscale, et avec un conseiller en gestion de patrimoine pour la retraite, la prévoyance et l'utilisation de ce qui sort de la société. Et il se revoit chaque année : ce qui était optimal à la création ne l'est plus forcément quand l'entreprise grandit. |
Questions fréquentes
Peut-on se verser uniquement des dividendes en SAS ?
Oui, rien ne l'interdit. Mais vous ne validez alors aucun trimestre de retraite et vous n'êtes quasiment pas couvert en cas d'arrêt de travail. Il faut aussi que la société dégage un bénéfice distribuable : sans bénéfice, pas de dividende.
Un président de SAS non rémunéré paie-t-il des cotisations ?
Non. Un président qui ne perçoit aucune rémunération ne paie pas de cotisations sociales, mais il ne s'ouvre aucun droit. À l'inverse, le gérant majoritaire de SARL doit des cotisations minimales même sans rémunération.
Quand peut-on verser les dividendes ?
Après l'approbation des comptes par l'assemblée générale, qui se tient dans les six mois suivant la clôture de l'exercice. La mise en paiement doit intervenir au plus tard neuf mois après la clôture. La flat tax est due l'année du versement : étaler les distributions sur plusieurs années permet de lisser votre revenu fiscal de référence.
Faut-il transformer sa SARL en SAS pour profiter des dividendes ?
Pas forcément. La transformation a un coût, et un salaire de président de SAS supporte plus de cotisations que la rémunération d'un gérant de SARL. Elle se justifie surtout lorsque l'essentiel de votre revenu doit sortir en dividendes, ou pour faciliter l'entrée d'associés. Une simulation complète s'impose avant de décider.
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Sources : Code général des impôts (art. 158, 200 A, 219, 224) · Code de la sécurité sociale (art. L131-6, L136-6) · Loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (CSG à 10,6 % sur les revenus du capital) · Loi de finances pour 2026 (barème de l'impôt sur le revenu, contribution différentielle sur les hauts revenus) · Code de commerce (art. L232-12, L232-13). Les scénarios reposent sur des taux moyens de cotisations et ne constituent pas une simulation personnalisée. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé.





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